

Le paysage défile si vite que j'en perds un peu à chaque fois.Pourtant je commence à le connaître par coeur. Coeur.Je suis son contour des bouts des doigts contre la vitre glacée.Je fais valser le vent et danser les nuages. Il pleut sur mon âme. Respire.J'invente des couleurs pour lui dessiner l'amour.Je découpe les arbres dans du papier carton et m'invente une forêt insaisissablement douce.Douce de verts minuscules et de papiers de soie.Ces oiseaux de nuit cacheront nos trésors d'étoiles. Ils ne joueront pas à cache cache.Pourtant j'aimerais bien. Parfois. Dans la maison de poèmes, celle que tu aurais construitedans le jardin du monde. Mais pas pour trop longtemps. Ensuite il fera noir.Voyage sous l'ombre ailée des oiseaux de nuit.

Elle rêvait de bicyclette rouge avec un panier de cordes.Elle rêvait de robes fleuries et de légère liberté. Celle que l'on ressentque rarement. Parfois au bord de l'océan quand rien de nous attend.Ne s'attendre à peu et vivre ici, juste ici dans ce petit coin du monde.Ce minuscule endroit que l'on connaît avec son coeur.Et ailleurs c'est comment? Souvent rêver plus loin,de l'autre côté de la grande terre. Marcher autour d'elle et rencontrer.Ici c'est bien, là-bas ce n'est peut-être pas mieux. Ici il y a vous, il y a eux.Il y a cette maison aux volets bleus. Bleu comme le ciel et l'océan. L'infini peut-être?C'est doux de s'imaginer l'infini en serrant son coeur de papier contre lui,pour ne pas se perdre. Je m'égare souvent mais il me retient.On est là, dans ce lieu si petit, mais si doux pour nos grands yeux ouverts,grands ouverts sur le monde à l'infini.

Le temps d'un tour en cerf-volant, les pieds nus. C'est froid.Mais les couleurs sont chaudes, comme nos joues rougies par l'émerveillement du ciel. Un point rouge juste là-haut. Le vent a joué avec nos sourires et nos mains engourdies par le froid. Il faut réchauffer celles-ci, elles sont encore si petites. J'aime son regard bienveillant. Et quand on regarde profondément dans ses yeux, c'est très joli. Quand on ne les regarde pas profondément c'est joli aussi. Mais trop d'yeux qui regardent m'effraient. Pourtant je n'ai plus peur des orages mais certaines nuits ils me transportent au bord du vide, les sons des tambours bien trop forts. Mais il y a les oiseaux, tout doucement, qui me font briller le coeur en papier.
Je reviens de Bruxelles, j'ai aimé. Je reviendrais pour voir Magritte, Ixelles, les poisson de chez "Henri" et l'ascenseur-maison du Grand Musée.Et puis toi, petite D*, si j'avais su..






